Actualités · Octobre 2026

Marchés publics, le bulletin d'octobre 2026

Bruxelles propose de remplacer les trois directives marchés publics par un règlement unique, avec un poids minimal pour la qualité dans la notation et un plafond sur le chiffre d'affaires exigé des candidats. En France, la facturation électronique a franchi une étape le 1er septembre. Et la pratique des trois devis, clarifiée par le Conseil d'État au printemps, mérite d'être bien comprise maintenant que les seuils de dispense ont été relevés. L'essentiel du mois pour les TPE/PME qui répondent aux appels d'offres.

Par l'équipe VeillAO · Publié le 1er octobre 2026 · 5 min de lecture

Chaque mois, ce bulletin fait le point sur ce qui a réellement changé dans les marchés publics : seuils, textes, jurisprudence, et ce que ça implique concrètement pour une TPE/PME qui répond à des appels d'offres. Pour les fondamentaux (définitions, procédures, seuils actualisés), direction notre guide des marchés publics.

01 · Le fait du mois

Bruxelles veut un règlement unique pour les marchés publics

Le 9 septembre 2026, la Commission européenne a présenté une proposition de règlement sur les marchés publics et les concessions (référence COM(2026) 590), déjà surnommée « Public Procurement Act ». Elle remplacerait les trois directives de 2014 (2014/23/UE sur les concessions, 2014/24/UE sur les marchés publics, 2014/25/UE sur les secteurs de l'eau, de l'énergie, des transports et des services postaux), dont découle l'essentiel du code français de la commande publique. La différence de nature compte : une directive se transpose pays par pays, un règlement s'applique directement, à l'identique, dans toute l'Union. Les marchés publics pèsent près de 15 % du PIB européen.

Proposé · 9 septembre 2026
Un règlement unique

Directement applicable dans tous les États membres. Encore à l'état de proposition : le Parlement européen et le Conseil doivent le négocier et l'adopter.

En vigueur aujourd'hui
Trois directives de 2014

Transposées dans le code de la commande publique. Elles restent les seules règles applicables à vos réponses.

Ce que le texte prévoit pour les petites entreprises

Nous avons lu la proposition publiée par la Commission. Dans sa version du 9 septembre, quatre points touchent directement une TPE/PME :

Le texte annonce aussi moins de procédures (trois au lieu de cinq selon la Commission), un service électronique de vérification de l'éligibilité fondé sur le principe du « dites-le-nous une fois », et un cadre de préférence européenne permettant de restreindre l'accès de certains opérateurs de pays tiers. Les seuils européens, eux, restent ceux que vous connaissez : 140 000 € HT et 216 000 € HT pour les fournitures et services selon l'acheteur, 5 404 000 € HT pour les travaux.

! À ne pas confondre

Une proposition de règlement n'est pas une règle applicable. Le texte prévoit lui-même d'entrer en application deux ans après son entrée en vigueur, et la négociation entre le Parlement européen et le Conseil peut le modifier en profondeur. Aucune de ces mesures ne peut être invoquée aujourd'hui face à un acheteur. Si un règlement de consultation vous demande un chiffre d'affaires minimal, c'est le droit actuel qui s'applique.

Pourquoi en parler dès maintenant ? Parce que la direction est claire, et qu'elle recoupe ce que les acheteurs français font déjà de plus en plus : noter la qualité autant que le prix, et ouvrir les marchés à des entreprises sans long historique public. Travailler votre mémoire technique reste l'investissement le plus sûr, quel que soit le sort du texte. Pour comprendre comment les notes se construisent aujourd'hui, voir notre guide sur les critères d'attribution et la notation, et pour les lots, notre guide de l'allotissement.

02 · L'échéance passée

Facturation électronique : l'étape du 1er septembre

Depuis le 1er septembre 2026, la généralisation de la facturation électronique entre entreprises est entrée dans sa première phase. Deux obligations distinctes, à ne pas mélanger : toutes les entreprises assujetties à la TVA, quelle que soit leur taille, doivent être en mesure de recevoir des factures électroniques ; les grandes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire doivent en plus émettre les leurs sous cette forme. Pour les PME, TPE et microentreprises, l'obligation d'émission arrive le 1er septembre 2027.

Et pour vos marchés publics ? Presque rien ne bouge. Chorus Pro reste la plateforme de référence pour les factures adressées à l'État, aux collectivités, aux hôpitaux et aux établissements publics, comme c'est le cas depuis plusieurs années. Vous pouvez continuer à y déposer vos factures directement, ou passer par une plateforme agréée raccordée à Chorus Pro si la vôtre propose ce service.

✓ À retenir

Le point à vérifier se situe du côté de vos relations entre entreprises. Si vous êtes sous-traitant ou cotraitant et que vous facturez une autre entreprise, cette facture relève de la réforme : votre client, s'il est une grande entreprise ou une ETI, vous envoie déjà ses propres factures au format électronique, et vous devez pouvoir les recevoir via une plateforme agréée. Le dépôt de vos factures à un acheteur public sur Chorus Pro, lui, continue comme avant.

03 · La jurisprudence à connaître

Trois devis : une bonne pratique, pas une procédure

La décision date du printemps, mais elle continue d'être commentée en cette rentrée et nous ne l'avions pas encore traitée : par une décision du 17 avril 2026 (n° 503412), le Conseil d'État a tranché un débat ancien sur la pratique dite des « trois devis ». Des conseillers municipaux contestaient un marché de travaux de voirie attribué par leur commune après une simple demande de devis à plusieurs entreprises, pour un montant inférieur au seuil de dispense. Leur argument : en consultant plusieurs entreprises, la commune se serait placée d'elle-même dans une procédure adaptée, avec toutes ses obligations.

Le Conseil d'État répond non. Lorsque les textes permettent de conclure un marché sans publicité ni mise en concurrence préalables, le seul fait de demander des devis à plusieurs entreprises ne fait pas entrer le marché dans la catégorie de ceux qui y sont soumis. Il en irait autrement si l'acheteur se référait expressément à une procédure dans ses documents. Restent les trois garde-fous de l'article R. 2122-8 du code de la commande publique : choisir une offre pertinente, faire bon usage des deniers publics, ne pas contracter systématiquement avec le même opérateur.

✓ À retenir

Avec des seuils de dispense relevés en 2026 (100 000 € HT en travaux depuis le 1er janvier, 60 000 € HT en fournitures et services depuis le 1er avril, voir notre bulletin de juillet), une part croissante des petits marchés se joue sur une simple demande de devis. Répondez-y vite et clairement, sans attendre un règlement de consultation ni une grille de notation : l'acheteur n'a pas à en produire. Pour les marchés qui relèvent bien d'une procédure adaptée, les règles sont détaillées dans notre guide du MAPA.

04 · Le point de vue TPE/PME

Ce que ça change concrètement pour vous

05 · En pratique

Ce que VeillAO surveille pour vous

VeillAO ne remplace pas une veille juridique, mais chaque appel d'offres est analysé à la lumière du cadre réglementaire en vigueur au moment de sa publication. Deux points à garder en tête ce mois-ci, par nature et non par limite de l'outil : la proposition de règlement européen ne change rien à l'analyse tant qu'elle reste à l'état de projet, ce sont les règles actuelles du code de la commande publique qui servent de référence ; et les marchés passés sur simple demande de devis, sous les seuils de dispense, n'ont pas à être publiés, ils ne remontent donc pas dans le BOAMP. Pour ceux-là, faites-vous connaître directement auprès des acheteurs de votre secteur. Pour tout ce qui est publié, VeillAO vous le remonte trié et noté chaque matin.

Rester informé, sans y passer vos matinées.

VeillAO surveille le BOAMP et vous envoie chaque jour les appels d'offres qui valent une réponse, déjà notés par l'IA.

FAQ

Questions fréquentes

Non. La Commission européenne a présenté sa proposition le 9 septembre 2026. Le texte doit encore être négocié et adopté par le Parlement européen et le Conseil, et il prévoit lui-même de s'appliquer deux ans après son entrée en vigueur. Les règles actuelles du code de la commande publique restent seules applicables à vos réponses.

Dans sa version du 9 septembre 2026, le texte plafonne le chiffre d'affaires minimal exigible à 50 % de la valeur annuelle estimée du marché, sauf cas dûment justifié, interdit d'exiger une expérience préalable en marchés publics sans justification, demande aux acheteurs d'examiner l'allotissement, et impose aux critères de qualité un poids d'au moins 30 % de la note (50 % pour les marchés à forte intensité de main-d'œuvre). Ces points peuvent encore évoluer pendant la négociation.

Non. Chorus Pro reste la plateforme de référence pour les factures adressées au secteur public. Ce qui change depuis le 1er septembre 2026 : toute entreprise doit être en mesure de recevoir des factures électroniques, et les grandes entreprises et ETI doivent en émettre. Les PME, TPE et microentreprises ont jusqu'au 1er septembre 2027 pour l'émission.

Non. Par une décision du 17 avril 2026 (n° 503412), le Conseil d'État a jugé que le fait de consulter plusieurs entreprises par devis, sous les seuils de dispense, ne fait pas basculer le marché dans une procédure avec publicité et mise en concurrence. L'acheteur reste tenu de choisir une offre pertinente, de bien utiliser les deniers publics et de ne pas contracter systématiquement avec le même prestataire.

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